Un point sur les croix

Dans vos promenades, au cours de visites, vous êtes sans doute passé(e) à côté d’une croix de chemin, d’une croix de mission, d’une croix du Jubilé, d’une croix hosannière, d’une croix de Montjoie, d’une croix boulée sans toujours vous demander qui l’avait installée là et pourquoi. Cette chronique vous propose quelques clés de compréhension sans atteindre l’exhaustivité car le sujet est très vaste et méritera sans doute qu’on y revienne.

La croix de Montjoie, souvent la plus monumentale.

Une se dresse au cœur du Chesne. Elle est classée à l’inventaire des monuments historiques du 16 août 1922. Son origine controversée a reçu de nombreuses explications, parfois fantaisistes : elle aurait été élevée pour commémorer l’affranchissement de la commune en 1207, elle évoquerait par sa forme le flacon de la sainte ampoule récupérée par les habitants du Chesne après son vol à Reims par les anglais et leurs alliés les bourguignons. Les habitants du Chesne, intrigués par le passage d'un convoi bizarre traversant leur territoire, l'avaient attaqué et après une chaude lutte avaient récupéré la fiole sacrée. Enfin d’autres affirmaient que la croix servait à démasquer les huguenots qui ne se signaient pas en passant devant.

 

 

 

 

 

 

 

                

 

 Le Chesne

En fait, il s’agit tout simplement d’une croix de carrefour dite Montjoie érigée au XVe siècle après que la paroisse ait changé de patronage, passant de Saint Martin à Saint-Jacques-le-Majeur vers 1441. Elle constituait alors un jalon sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Son piédestal hexagonal comportait sur chaque face une statuette. Ce calvaire a changé plusieurs fois d’emplacement. Il a été inauguré à sa place actuelle le 29 avril 1952.

Vous l’avez compris les croix de Montjoie dites aussi croix de pèlerins ou de carrefour ont souvent été élevées pour ranimer la foi et le courage des pèlerins en leur confirmant qu'ils étaient sur le bon chemin.

Les croix de chemin.

Elles se sont développées depuis le Moyen Âge et sont destinées à christianiser un lieu. De formes, de tailles et de matières variées (bois, granite, aujourd’hui en fonte, fer forgé ou en ciment), elles agrémentent aussi bien les bourgs et les hameaux que les routes et chemins de campagne et symbolisent l’acte de foi de la communauté ou d’une famille. Elles se multiplient à partir de 1095, date à laquelle le droit d’asile (lieu où l’on est protégé de l’inconnu et des mauvaises rencontres) est étendu aux croix de chemins qui ont alors un double rôle de jalon et de protection.

Cornay croix de chemin 

Cornay

 

 Senuc calvaire de La Tourniolle

Senuc - calvaire de la Tourniolle

 

Parfois le nom de la famille commanditaire ou même un blason ou une date est gravé. On peut inclure dans ce type de croix celles élevées tout près des champs cultivés pour implorer la protection divine contre les fléaux naturels qui affligeaient les récoltes, et celles qui rappellent un événement souvent dramatique.

Les croix de mission.

Ce sont sans doute les plus énigmatiques ou celles à qui on prête une fonction qu’elles n’ont pas ! Après la tourmente révolutionnaire, il fallut, pour l'église, restaurer la pratique religieuse. Très tôt, dans les diocèses, on a recouru à des missionnaires, prêtres, dont la tâche était d'aller dans les paroisses. C'était le temps de la mission, période où chacun devait se remettre en cause pour repartir d'un bon pied dans la vie chrétienne. La mission se terminait par l'érection d'une croix, dite croix de mission. Parfois, et jusque dans les années 60, une mission était diligentée à la suite d’un conflit ou d’une défaillance dans la pratique religieuse dans une paroisse. La mission paroissiale était alors une retraite spirituelle « dans la vie courante » particulièrement dans les paroisses de campagnes. Durant généralement plusieurs jours, ou même toute une semaine, elle consistait en une série d’exercices spirituels (processions, adoration du Saint-Sacrement, récitations du chapelet, confessions, messes, etc.) ponctués de prêches et conférences religieuses données par un groupe de prédicateurs venus de l’extérieur et se terminant par une grande célébration eucharistique.  

 

croix de mission Seuil

croix de mission à Seuil

 

   

Souvent une croix ou un crucifix monumental, était érigé(e) comme mémorial en un lieu public. La croix porte souvent une inscription, celle du prédicateur et la date de la mission ou une épitaphe.

   

 

Les croix de Jubilé.

Les croix dites « de Jubilé » furent nombreuses au XIXe siècle, chaque paroisse désirant laisser une trace d’une année jubilaire. Peut-être est-il utile de revenir sur le mot Jubilé.
« Ce mot est dérivé de l’hébreu, le yobel est la trompe qui annonce, dans tout le pays, que l’année jubilaire commence. Cette année-là les dettes doivent être remises. C’est l’année d’un nouveau départ. On comprend pourquoi le mot de « jubilé » est associé à la joie de la libération. On désigne parfois par « année sainte » une année de Jubilé

Ce n’est donc qu’au XXe siècle que les années saintes connaissent un regain d’intérêt. Aux jubilés ordinaires (1925, 1950, 1975, 2000), s’ajoutent les jubilés extraordinaires en 1933 et 1983 (pour les 1900e et 1950e anniversaires de la Rédemption). En 1975, pour la première fois, les cérémonies sont retransmises à la télévision et sont suivies par plus d’un milliard de téléspectateurs

Cond les Autry  

 Condé-les-Autry

jubilé de 1900


Les croix hosannières.

Dites « hosannaire » ou encore « croix de l'hosannaire » sont des édicules funéraires construits entre les XIIe et XVIe siècles plus particulièrement dans l'ouest de la France. Bien qu'il n'existe pas d'inventaire exhaustif de ces monuments, il semblerait qu'il en existe un peu plus d'une centaine sur l'ensemble du territoire.

Croix Hosannière signifie "recevoir des couronnes d'hosanne, c'est-à-dire des couronnes de buis sacré". On se rendait en procession au pied de ce monument, le jour des Rameaux, à la Fête-Dieu ou encore le 15 Août. Lorsqu’on inhumait un défunt dans le cimetière le cortège marquait un arrêt devant cette croix le temps de chanter l’hosanna.

 Autry

Autry- Saint Lambert

 

 Cornay croix hosannire

Cornay - croix hosannière

 

Les croix du centre du cimetière.

C'est à partir du XVe siècle qu'apparaissent les croix de cimetière. Lorsqu'elles sont placées au centre d'un cimetière on dit qu'elles sont des croix hosannières (on y chante la prière hosanna lors de la bénédiction des rameaux et à l’occasion de l’inhumation d’un défunt dans le cimetière). Le plus souvent elles sont construites par des maîtres maçons plutôt que par de réels sculpteurs. Elles correspondent à des dons de riches seigneurs, de communautés religieuses.

Plus modestes que les croix hosannières de l’ouest de la France, nos croix au centre de nos cimetières ont le même sens religieux. Dans les cimetières primitifs installés sur les tertres des églises, « en terre sainte » ces croix sont restées en place.

Lorsque les cimetières ont du être déplacés suite au Décret du 23 Prairial an 12 (12 juin 1804) relatif aux lieux d'inhumation, les croix hosannières, ont parfois été déplacées au centre des nouveaux cimetières. Parfois de nouvelles croix y ont été élevées.

Senuc croix hosanniere

cimetière de Senuc

 
 

 


Les croix boulées

Gravées au chevet ou près du portail des églises argonnaises, de Champagne et de Lorraine, ces croix dont toutes les extrémités s’ornent de petites boules en creux restent mystérieuses. Elles sont très nombreuses sur les murs extérieurs de nos églises et sont déclinées suivant divers graphismes plus ou moins compliqués. Serge Bonnet qui les a étudiées parle du « Patois des croix », considérant qu’il s’agit d’une sorte de langage funéraire populaire. Ces signes sont antérieurs au XIXe siècle. Après avoir analysé rigoureusement diverses hypothèses, Serge Bonnet, pense que ces croix sont en rapport direct avec les tombes et le culte de morts. Dans les cimetières où les tombes ne portaient pas de croix, chaque famille tenait sur les murs de l’église une sorte d’algèbre funéraire. La croix gravée était flanquée d’un nouveau signe, d’une nouvelle boule à chaque décès d’un des siens. Près du portail, les croix boulées pourraient se rapporter à des inhumations hors du cimetière faute de place Les croix boulées seraient-elles les croix des sans croix ?

 Diversit des croix boules

diversité des croix boulées

étude de Serge Bonnet

 Noirval croix boules

croix boulées à Noirval...

 

 Olizy des croix boules

... et à Olizy

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