Le triffut, un outil essentiel pour la préparation de l’osier

Dans le parcours de l’osier, de la plante de plein champ à la pièce de vannerie prête à la vente, le triffut joue un rôle essentiel.

L’outil : dans sa version ancienne le triffut est encore appelé le triffoir, le trifou, le rifloir, le ciroir ou le peloir. Il est en bois ou en fer. C’est une sorte de pince dont les deux longues mâchoires sont maintenues en tension par la base de l’outil. Souvent un évasement facilite l’introduction du brin d’osier dans l’outil. Ce dernier est fiché dans un lourd bloc de bois ou dans une cabrette de façon à être vertical et stable. Il sert au décorticage de l’osier, à son écorçage, à son blanchissage, toutes dénominations qui désignent la même opération qui consiste à enlever l’écorce de l’osier de façon à obtenir un brin blanc (le plus souvent) brillant. En Argonne l’opération est encore appelée plumerie. On plume l’osier !

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 triffuts en bois et en fer   triffut monté sur une cabrette

Quand l’utilise-t-on ? L’écorçage de l’osier se déroule au printemps, à la montée de la sève. C’est à cette période que l’écorce se détache du bois.

L’osier est une plante vivace qui perd ses feuilles d’octobre à décembre. Si la souche reste en place, les brins qui en jaillissent sont coupés entre décembre et février. Les bottes classées selon la taille et la grosseur des brins, sont mises au routoir c'est-à-dire campées les pieds dans l’eau. Au printemps la montée de la sève se fait et des feuilles apparaissent. En mai ou juin, l’écorçage suivi du séchage peut commencer.

Comment l’utilise-t-on ? l’ouvrier se saisit d’un brin et d’un geste habile le coince entre les mâchoires du triffut puis tire vers lui. L’écorce est enlevée. Chaque brin nécessite deux passages, l’un pour le pied, l’autre pour la cime.

Les brins « épluchés » sont mis à sécher au soleil, en couches minces, sur une claie sommaire surélevée.

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bottes d'osier au routoir  prêtes à être écorcées   l'osier écorcé est mis à sécher

 

Le triffut est remplacé par une machine.

L’usage de la machine à décortiquer est devenu universel. Elle est composé d’un tambour rotatif sur lequel sont fixées des pièces métalliques appelés « ciroirs mécaniques ». Le tambour est entraîné par un moteur électrique ou thermique. Un capot recouvre le tout. L’ouvrier prend une poignée de brins et l’introduit dans la machine en lui imprimant un mouvement de rotation de façon à ce que tous les brins soient écorcés. Il recommence en présentant l’autre bout de la poignée.

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machine à décortiquer    Roland Gavart plume une poignée de brins d'osier

 

À Vouziers, dans le quartier des Hameaux du Blanc-Mont, une allée piétonne a été dénommée « Allée du triffut ». Elle conduit à la cour de l’oseraie proche de celle du Joli bois (on appelait ainsi l’osier).

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Prochaine chronique le 29 novembre