Les sorciers de la cave à bosseaux

Entre Saint-Marcel et Sury se trouve un petit étang connu sous le nom de Cave à Bosseaux. Jadis cette fosse était habitée par des sorciers. Malheur à ceux qui s’approchaient de cet endroit, ils disparaissaient pour toujours. Les redoutables lutins s’en saisissaient et les noyaient dans l’étang.

Ces « pie-pie-van-van « possédaient quelques têtes de bétail qu’ils confiaient à la garde du pâtre communal. Un jour, celui-ci résolut d’aller réclamer son salaire aux habitants de la Cave aux Bosseaux. Moitié tremblant, il se dirigea vers cet endroit. Mal lui en prit, car lui aussi ne reparut jamais .Plus prudent, son successeur se garda bien d’aller chercher son dû. Mais il n’y perdit rien : un beau jour, l’une des vaches des pie-pie-van-van lui arriva, portant suspendue à l’une de ses cornes une bourse renfermant la somme qui lui était destinée.

Cette fosse fut, pendant longtemps, un objet de terreur pour les habitants de la région. Aujourd’hui même encore, les enfants qui passent par-là se tiennent à une forte grande distance de cet étang réputé ensorcelé.

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Les loups de pierre

Un jour, il y a de cela longtemps, fort longtemps, le curé de Francheval, entrant dans son église, fut fort surpris d’y trouver deux diables qui, après avoir renversé tous les bancs, culbuté toutes les chaises, jeté à terre les nappes et les chandeliers de l’autel, étaient en train de démolir les bénitiers. Le curé n’était pas homme à s’effrayer. Vite, il verrouilla toutes les portes, s’arma d’un goupillon bien trempé dans l’eau bénite et, résolument, attaqua les deux diables. Effrayés, se voyant vaincus, sans même essayer de combattre ils voulurent s’enfuir ; mais, trouvant toutes les issues fermées, ils se réfugièrent dans le clocher où, toujours armé de son goupillon, le prêtre les suivit de près. Or, les diables, eux aussi, étaient puissants, et cette puissance fut telle que la muraille s’entr’ouvit pour les laisser passer. Mais, au moment même où ils s’engageaient dans cette ouverture qui devait favoriser leur fuite, le prêtre les aspergea d’eau bénite, et tout à l’instant la muraille se refermait sur eux et les écrasait.     francheval
loups   

La croyance populaire ajoute que c’est en mémoire de cet événement et pour en transmettre le souvenir de générations en générations, que l’on plaça en haut du clocher de Francheval – un de chaque côté – deux loups en pierre. Un seul de ces loups existe aujourd’hui, l’autre ayant été détruit à une époque dont le souvenir s’est perdu. Et le second loup est, aujourd’hui, en assez piteux état ; toute la partie antérieure du corps est fort détériorée, même pendant longtemps il n’eut que trois pattes : la quatrième a été refaite en 1879, lorsque toute l’église fut replâtrée et cimentée.

 

ci-contre : les loups de Hervé Gourdet tiré du livre de Noires Terres

 

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Le berger susceptible

Il y a une soixantaine d’années, vivait sur le coteau du Chesnois, entre Villers-sur-le-Mont et Balaives où il faisait d’un bout de la journée à l’autre paître des moutons, un berger qui passait pour sorcier. Au pied de ce coteau serpentait un chemin. Un cavalier passait-il sans saluer le berger, celui-ci d’une voix mauvaise : « Avance ! Avance ! et tu verras ! » 

Et à peine le voyageur avait-il fait une trentaine de mètres que son cheval boitait, refusait d’avancer, si bien que force lui était de revenir sur ses pas et de s’excuser auprès du berger de son impolitesse grande. « C’est bien ! C’est bien ! », répondait alors ce singulier pâtre, puisque tu es poli, tu peux continuer ta route. Le cheval, ainsi désensorcelé, repartait au grand trot et jamais il ne refusait de marcher, même s’il était harassé de fatigue.

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Le Puiset des Nonnes

  Entre Harricourt et Germont coule un petit ruisseau appelé «Le Puiset des Nonnes», qui va se jeter dans la Bar. Voici d’où lui vient ce nom.

C’était au temps jadis, alors que Jésus-Christ et ses saints, prenant une forme humaine, voyageaient sur terre pour mettre à l’épreuve les bons et les méchants. Or, un soir, le fils de Dieu arriva dans les Ardennes, seul, ayant laissé en route Saint Pierre son compagnon, et, fatigué, harassé, ne pouvant aller plus loin, il s’arrêta devant un couvent de nonnes, un peu avant Germont.

Ce couvent n’avait pas fort bonne réputation, car les nonnes, qui étaient autant de vierges folles, avaient transformé en un lieu de scandaleux plaisirs cet asile de la prière et de la paix. Elles étaient surtout dures aux malheureux, les rudoyaient, et jamais pauvre n’avait été secouru par elles.

Donc Jésus-Christ, sous la forme d’un vieillard couvert de haillons, amaigri par la faim, perclus, pouvant à peine se soutenir, frappa à la porte.

- Toc ! Toc !

- Qui est là ?

- Un pauvre vieillard mourant de faim, ne pouvant continuer sa route tant il est fatigué et qui vous demande pour la nuit un abri et un morceau de pain.

- Passez votre chemin, répondit une voix rude, notre couvent n’est pas pour les mendiants et les coureurs de nuit.

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Mais il se trouva que la servante, plus humaine, dit au vieillard.

- Entrez dans ma cellule, vous vous y reposerez et vous partagerez mon repas.

Jésus-Christ entra : il mangea, dormit quelques instants assis sur un escabeau puis s’étant éveillé il dit à la charitable servante :

- Ma fille, prenez ici tout ce qui vous est précieux et suivez-moi !

Ils sortirent.

Or, à peine avaient-ils fait quelques pas que la servante lui dit :

- J’ai oublié de prendre ma cornette, permettez que j’aille la chercher.

- Allez, ma fille, répondit le vieillard.

Mais au moment même où elle se retournait pour revenir sur ses pas, elle vit le couvent qui s’effondrait et ses ruines tout aussitôt recouvertes par des eaux boueuses sur lesquelles surnageait sa cornette.

Quant au vieillard, il avait disparu.


 
 Le Puiset des Nonnes 2  
Le Puiset des Nonnes 

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Contes extraits du livre d Albert Meyrac - Traditions, coutumes, contes des Ardennes

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