La buée au cuvier ou cuveau.

La buée signifie la lessive. Faire la lessive pouvait se dire « faire la buée » ou « faire la bue », termes à l'origine de l'étymologie de buanderie et de buerie. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le lavage du linge d’une famille se fait en moyenne quatre fois par an et suivant une méthode éprouvée. On commence par buer à la maison ou dans un atelier proche, près d’une cheminée ou d’un fourneau où de l’eau chauffe dans un chaudron.

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Dans un gros cuvier (ou cuveau) en bois blanc posé sur un trépied, la mère de famille installe méthodiquement le linge qui a préalablement trempé dans des baquets, des draps et grosses pièces au fond, au petit linge et aux couleurs au-dessus. Pour terminer, la laveuse verse sur un drap solide qui couvre tout le linge, la carbonnade constituée de cristaux de carbonate de sodium et des seaux de cendres de bois de bois blanc tamisées, puis elle recouvre le tout en repliant le drap. Alors commence la coulée. À l’aide d’une grosse louche en fer étamé au long manche, elle verse sur le linge d’abord et à plusieurs reprises de l’eau fraîche, puis de l’eau tiède et pour finir de l’eau bouillante. Cette eau traverse de haut en bas le cuvier et s’écoule en bas par le trou d’une bonde partiellement bouché par un bouchon de paille. Elle est soit récupérée dans un seau et reversée sur le linge soit elle retourne au chaudron par une simple goulotte. Avant la dernière coulaison à l’eau bouillante, les couleurs sont retirées pour qu’elles ne déchargent pas. La coulée dure toute une journée. La suite de la lessive se déroule au lavoir où les femmes savonnent, brossent, tapent et rincent le linge dans l’eau courante, le passent « au bleu » pour lui donner un blanc éclatant puis le tordent et l’étendent sur des haies ou/et sur des fils à linge.

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Et puis vint la lessiveuse à champignon.

Dès la fin du XIXe siècle et jusqu’en 1950/60 c'est-à-dire jusqu’à l’époque où les machines à laver le linge se banalisent, la lessiveuse à champignon, en remplaçant la coulée, longue et pénible, constitue un progrès décisif pour les laveuses. La lessiveuse en tôle galvanisée s’évase légèrement vers son couvercle bombé. Sur le double- fond mobile percé de trous, on peut emmancher en son centre, un tube vertical terminé par un champignon, sorte de pomme d’arrosage horizontale.

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L’utilisation est simple. On dépose sous le double-fond le savon en copeaux et les cristaux ou la lessive toute prête achetée dans le commerce ou encore de la cendre de bois enveloppée dans un sac en mousseline. On place alors par dessus le double-fond et son tube vertical et on installe le linge trempé comme on le faisait dans le cuvier. Sur le dessus, un disque grillagé ou un anneau muni de crochets empêche le linge de se soulever pendant l’ébullition. On verse alors quelques litres d’eau et on couvre la lessiveuse mise sur le feu. L’eau portée à ébullition et chargée de lessive monte dans le tube central et arrose par-dessus le linge dans un cycle continu. L’expression « faire bouillir le linge » vient de là. Si l’eau bout, le linge isolé du fond ne « bout »pas. Au bout d’une heure et demie à trois heures, le linge est ainsi blanchi et stérilisé. Le lendemain, la lessiveuse refroidie sera portée sur une brouette jusqu’au lavoir où la laveuse terminera la lessive.

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Les machines à laver le linge en se banalisant vident les lavoirs.

Après la guerre et durant les années 1950, de nombreux constructeurs se sont intéressés aux machines à laver et ont commencé à se spécialiser dans le domaine (comme Lincoln, Philips, Laden, etc.). Leur rivalité et la concurrence qui est née de cette nouvelle ère a conduit à la création de plusieurs méthodes et techniques intégrées dans les machines à laver. Durant les années 1960, les constructeurs se sont intéressés à des modèles beaucoup plus pratiques afin que les machines à laver puissent s’intégrer facilement dans les logements urbains. Dès 1967, près de 50% des foyers français sont équipés d’un lave-linge. Dix ans plus tard en 1977, près de 75% des ménages possèdent leur lave-linge en France. Entre les années 80 et 90, de nombreux progrès techniques sont réalisés. Les nouveaux modèles deviennent de plus en plus performants. La concurrence entre les différents fabricants est le moteur de ces progrès constants.

Au fil du temps les lavoirs ont été désertés. Ces lieux d’un labeur pénible dédié aux femmes permettaient tout de même d’entretenir des liens sociaux au sein de la communauté villageoise. Les tâches collectives de la vie rurale vont ainsi disparaître les unes après les autres et renforcer l’individualisme dont on mesure aujourd’hui les effets.

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le lavoir de Sugny

 

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Le 17 juin 2006, à l'occasion de la journée du patrimoine de Pays,

démonstration au lavoir de Sugny

Ce lavoir se caractérise par l’originalité et l’ingéniosité de son système de flottaison à crémaillères
permettant d’élever ou d’abaisser le plancher et les planches à laver en fonction du niveau du ruisseau. 

La restauration du lavoir de Sugny par l'ASPV en partenariat avec la commune s'est achevée en 2012.