Jacques Lambert dans son livre « Campagnes et paysans des Ardennes » évoque les Noël d’autrefois.

« À Noël, comme lors des autres fêtes profanes et religieuses, les ménagères procédaient à un nettoyage des plus complets de leur maison. Une maison que l’on décore quelque peu : « les Verduriers de Charleville viennent chercher du gui vers la Noël avec des voiturettes à bras, des camionnettes » Le houx est également utilisé […]

La veillée de Noël se passe, presque toujours, en famille près de l’âtre copieusement garni ; elle ne diffère guère des autres veillées. Les jeux de cartes y sont peut-être plus animés, les gaufres plus onctueuses, arrosées d’une bière plus abondante et de café, suivi d’un brûlot. À Saint-Etienne-à-Arnes se cuisaient spécialement pour Noël, « des bourdes de Noël », espèces de longs gâteaux, fendus aux deux bouts et sur lesquels la cuisinière, avec un dé à coudre, avait dessiné des ronds. Il revenait aux parrains et marraines d’en donner un morceau à tous leurs filleuls et filleules, âgés de 5 à 12 ans.

Au cours de cette veillée, on brûle « une bocque » (une bûche) dans le feu. Un fragment de cette bûche est conservé jusqu’au jour de l’an où, tôt le matin, il est allumé et le maître de maison le jette, flambant encore, dans le puits. La maison se trouvait ainsi protégée des incendies, toute l’année.

Mais le clou de la soirée est bien évidemment la messe de Noël que personne ne manque. Dans de nombreux villages où l’on élevait des moutons, la messe de minuit s’appelle « la bergeoterie ». À Grivy-Loisy le chant des bergers résonne pendant l’office. À Annelles, les bergers s’asseyaient au premier rang avec l’agneau traditionnel, ils offraient le pain béni. À Wasigny au moment du « minuit chrétien », les bergers vont en procession déposer un petit agneau dans la crèche. 

Jacques Musset, instituteur, correspondant de l’Ardennais, a recueilli lui aussi des témoignages qu’on peut lire dans le n°64 du Curieux Vouzinois paru en novembre 2003.

Nous en extrayons ces quelques bribes.

Mme Drumel des Alleux raconte : La veille de Noël, en attendant la messe de minuit, on mangeait les gaufres avec un voisin ou deux, devant le feu à l’âtre qui éclairait bien mieux que la lampe à pétrole. La pâte on la faisait bonne avec « trop bin’ » d’œufs de beurre et de farine, un peu de levure du boulanger. On la laissait monter bien au chaud. Elle gonflait tant qu’on n’en voyait pas la fin, surtout que le gaufrier ne nous faisait qu’une gaufre à la fois .On le posait sur la chambrière à trois pieds, bien calée dans les braises. Sur la gaufre qui n’attachait pas car on graissait à chaque fois le gaufrier avec un morceau de lard, on mettait en l’honneur de Noël, un peu de confiture de groseilles, prunes ou fraises des bois. Les hommes buvaient le canon : le vin de Vandy coulait tout seul dans les gosiers.

Pas de sapin, pas de décoration savante. Les femmes tricotaient tandis que les hommes jouaient aux cartes tapant la manille ou jouant au couillon. Le parfum de l’orange, épluchée de nos doigts gourds le soir de Noël, gâterie s’il en était, hante encore notre mémoire.

Au moment des douze coups, on gagnait l’église, les hommes en sarrau, longue blouse bleue, les femmes en cotte noire. Les sabots étaient parfois de mise.

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Cette crèche a été sculptée en 1954 par Paul BIALAIS (1926 - 2004)

Originaire de Nouzonville (Ardennes), Raul Bialais fut d'abord novice à l'Abbaye de Citeaux mais dut renoncer à la vie monastique pour des raisons de santé. Après ses études à l'école des Beaux-Arts de Paris, il fut professeur de sculptures à l’école des Beaux-Arts de Versailles, de 1964 à 1993. Outre ses œuvres personnelles, il a effectué de nombreux travaux pour les Monuments Historiques. Loin de se cantonner aux techniques traditionnelles de la taille de la pierre et du bois où il excellait, il a également travaillé le béton, l'acier, le verre et divers matériaux de récupération.

Dans le diocèse de Reims, il a laissé bon nombre de statues, de St Martin à Etion, de St Victor à Mouzon, de St Pierre à Anchamps, de St Joseph à Rilly-la-Montagne et à Rethel, etc. Il est également l'auteur d'un remarquable bas-relief dans l'entrée des archives départementales des Ardennes.

La crèche de la cathédrale de Reims est une commande du curé de la paroisse, le chanoine Berton. Elle a été sculptée dans des pièces de chêne datant de Henri IV et récupérées sur un chantier de démolition. C'est l'œuvre d'un jeune père de famille. L'artiste pris pour modèle de la Vierge son épouse Rosine, pour modèle de l'enfant Jésus leur fils Jean qui venait de naître, pour modèle de la fillette au panier leur fille Marie, pour modèle du berger un cousin auvergnat.

Les statues sculptées par Paul ont été mises en couleurs par Rosine.

Les rois mages ont été sculptés quelques années plus tard.

 

Noël de l'Argonne

Ce Noël du XVIIIe siècle a été recueilli dans le sud de l'Argonne à la fin du XIXe, mais il était tout autant connu dans le nord. Une personne âgée le chantait à Grandpré à la fin des années 1950 et un vieillard de la génération suivante se risquait encore à en chantonner quelques couplets après l'année 2000.

En prologue à cette version, nous lisons ces mots écrits entre 1870 et 1900 :

L'Argonne a et conserve son dialecte. ... Le dialecte de l'Argonne se parle et se parlera encore longtemps, je pense dans cette contrée. Dans les villages, même un peu dans les villes, on comprend, on parle la langue de mon Noël ; c'est que tout le pays l'a conservée.

L'auteur de ces lignes n'imaginait pas les bouleversements qui allaient survenir au début du XXe siècle.

Voici 10 couplets choisis, crescendo, parmi la vingtaine de ceux qui illustrent la pensée populaire de l'époque.

V'la pourtant Naoué qu'est v'nu (bis)
Chantons lu au coin d'noute fû,
Car i fait ine si fraide bise
On n'jitrai'me in chié d'vant lu  (à la porte)
     Abouche don Laouise.  (attise, au soufflot)

Ouf ! Mordienne, qu'i fait don frais (bis)
Noute pouve afant va agealer,
Portans li quéques bourées
Des gnêtes secs et des rousselets (genets et poires (1))
     J'frans des rigalées.

Gurite j'allans oua l'afant (bis)
Je n'savans quand je r'vanrans,
T'arais soin don meïnage
Si les vaches n'allons'me aux champs
     T'leu baillerais don fourrage.

Catheline, qu'est-ce que t'li portrais (bis)
J'li portras des fins drapées (langes)
Et ine belle affulette (pointe de tête)
Des biaux bas, des p'tits solées
     Et ine belle jaquette.

J'li portera une pagnerée d'ieux (bis)
Et noute bure qu'est comme tout nieu
Et une belle tavaïole (petite couverture)
S'ri pour coucher notre bon Dieu,
     N'est'i'me vrai Nicole ?

J'vié d'oua la mère Ali (bis)
Elle brait qu'elle n'y sarait v'ni
Elle mi donné in oûie,
Et mi dit : tié mon ami
     Dis li qu'i'me pardonne.

V'la Meïnue qui vié d'sonner (bis)
Oiève bié carrillonner
Les cloches sounnont mie bine
Les Moïenes allont bie r'ciner (moines)
     Après les matines.

Mou pépé v'étez trop vié (bis)
V'resteriez trop long derrié
Car je verrans trop vite
Ve v'amuserez à tilli (tiller le chanvre)
     Et vous f'rez des frites.

La Mathuite y est allée (bis)
Elle i sa gaille avo lée
C'est pour qu'on la trayïe
Elle ari don laï tout chaud
     Pour faire d'la bouillie.

Moune ami, consolons nous (bis)
Il est aussi pouve que nous,
On lui baillerai l'aumonde
Car i n'i ni fû ni lu
     Et ni chouse au monde.

(1) On rencontre ce toponyme rappelant le nom des fruits de ce poirier célèbre, à Briquenay, Gratreuil, Les Charmontois ou Monthois par exemple.

La comparaison avec le Noël chanté à Grandpré permet de voir l'évolution du texte, le début de la francisation des termes ou les variantes de conjugaison. Voici le troisième couplet sur les six recueillis.

Christine j'allons voir l'afant
Jeu n'savons quand jo r'vorrons
T'auri soin do ménache,
Si les biques n'allé'me aux champs
T'leu baillerai don fourrage

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* * * * *

Un adhérent de l'ASPV, Jean-Luc Ménecière, a écrit un poème nourri de souvenirs de son enfance. Nous le publions avec plaisir.

NOËL D'ANTAN

Les enfants d'autrefois, nos aïeuls aujourd'hui
Croyaient au père Noël et étaient bien ravis
Lorsqu'ils découvraient sous le sapin enguirlandé
Un paquet ficelé leur étant destiné.

Ce n'était bien souvent qu'un jouet familier,
Car la vie était dure en ces lointaines années.
Le plaisir était là, rien que de déballer.
Il fallait peu de choses pour qu'ils sachent apprécier.